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Mistinguett

Il était une fois la Miss
Article publié le jeudi 30 avril 2020 à 07h00
C'est dans un modeste logement du quartier ouvrier d'Enghien-les-Bains que Jeanne Florentine Bourgeois voit le jour, le 3 avril 1875. Celle qui va devenir Mistinguett habite quelques mois au 5 de la rue du Chemin de fer. Après la naissance de son petit frère, toute la famille déménage à Soisy, au 2 rue de la Pointe-Raquet, une voie qui débouche dans l'actuelle avenue du Général-Leclerc. Tout le long de sa vie, elle reviendra quelques fois ici pour rendre visite à sa mère. En 1973, M. Martinetti, qui occupa plus tard la maison de la Miss, se souvenait : 

« Elle, on ne la voyait presque jamais. Elle semblait avoir honte de venir. Elle passait en voiture et s'arrêtait un moment chez sa mère, la pauvre femme, qui vivait seule à cette époque et qui, malheureusement buvait beaucoup. J'avais un commerce de vins et c'était ma meilleure cliente. Aussi, on l'entendait chanter dans le quartier du matin au soir. Mistinguett l'entretenait complètement, elle et son jeune frère Marcel. Cela a duré pendant des années, jusqu'au jour où Madame Bourgeois, sous l'emprise de la boisson, fit une chute dans le couloir de l'escalier de sa maison. Mistinguett vint aussitôt la chercher, l'emmena dans sa maison de Bougival et la garda près d'elle. »


Mistinguett passe toute son enfance dans cette maison, prenant le train chaque jour pour suivre des cours de violon, puis de chant, rue Vivienne à Paris, chez Boussagol. Dans ce train, elle rencontre un certain Saint-Marcel, auteur très en vogue dans le music-hall parisien. Tout le monde surnomme Jeanne, Miss Helyett (sans doute à cause d'une vague ressemblance avec le personnage de l'opérette d'Audran, qui triomphe alors aux Bouffes-Parisiens), et l'une des chansons de Saint-Marcel obtient un succès fou que tout Paris fredonne : « La Vertinguette » :

« Connais-tu ma chanson, miss Helyett ? interroge Saint-Marcel en riant. Elle rime avec toi. Et il commence : Miss Helyett... Vertinguette... Miss Vertinguette... c'est la Miss Tinguette...
Saint-Marcel s'arrête. Il connaît les ambitions de Jeanne-Florentine et lui glisse négligemment :

« Miss Tinguette... Ce serait un joli nom d'artiste, ne trouves-tu pas ? Si un jour tu montes sur scène, petite, tu devrais le prendre... »


Pour que son nom puisse apparaître en gros sur les affiches, il est raccourci et devient Mistinguett.

La carrière de la Miss au cinéma n'est pas si florissante que celle du music-hall et pourtant, elle mérite tout de même qu'on s'y attarde. Ses films ne furent pas fantastiques mais elle eut au moins le mérite de lancer de jeunes comédiens qui allaient devenir des monstres sacrés : Maurice Chevalier, Jean Gabin, Suzy Delair ou Fernandel.

Mistinguett ne se sentait pas très attirée par le cinéma. Elle a appris que Sarah Bernhardt s'est évanouie lorsqu'elle se vit dans La Dame aux camélias. « Nous sommes défigurés, juge Mistinguett, c'est ridicule». Pourtant, en 1908, les frères Laffite, l'académicien Henri Lavedan et le comédien Le Bargy fondent le Film d'art et tournent le célèbre Assassinat du duc de Guise, avec André Calmettes. Cette société attire des grands auteurs (Anatole France, Victorien Sardou), des musiciens (Saint-Saëns), des acteurs (Sarah Bernhardt, Gabrielle Robine), et la Miss se laisse tenter. Elle tourne L'Empreinte et La Main sanglante...

A partir de 1909, et ce jusque 1917, elle choisit un répertoire plus léger dont certains titres sont évocateurs : Mimi Pinson aime les fleurs, Le Jupon de la voisine, La Fiancée récalcitrante, Les Fiancées de Colombine, La Note de la blanchisseuse, A bas les hommes, Léocadie veut se faire manucure, Les Danseurs obsédants, etc. Elle joue aux côtés du premier grand comique français, Rigadin. Ses seuls rôles dramatiques sont dans La Glu et Les Misérables d'Albert Capellani. Dans La Glu, sa partenaire l'assomme à grands coups d'un marteau qui n'était pas assez recouvert d'ouate. La Miss s'écroule, visage en sang, et, dans son brouillard, entend la voix de Capellani qui hurle : « C'est mauvais ! Il faut remettre ça ! ».

Sa carrière cinématographique s'achève avec la Première Guerre mondiale. André Hugon aura bien essayé de lancer la série Mistinguett détective, mais elle ne dure que l'espace de deux épisodes. En 1936, Christian-Jaque lui offrira son unique rôle dans un film parlant, dans Rigolboche. Elle a soixante-quatre ans et joue une femme de trente ans. Le public de l'époque est un peu gêné de la voir en mère sentimentale et le film est un échec.

Jeanne-Florentine Bourgeois retrouve le music-hall et immortalisera des chansons comme « Mon Homme » ou « On dit ». Elle meurt à Bougival le 5 janvier 1956, mais c'est à Enghien, tout près de sa maison natale, qu'elle repose aujourd'hui.

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